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Bernard Stiegler : Abécédaire numérique

8 septembre 2013

bernardstieglerLa réflexion menée par le philosophe Bernard Stiegler concerne notre monde contemporain avec une fine observation des évolutions de la société : marketing, industries culturelles, innovation… Et le rôle du numérique dans ces transformations.

Pour mieux envisager et connaître ce que Bernard Stiegler partage, le troisième abécédaire numérique (nouvelle rubrique de ce site) lui est consacré : des citations nouvelles, définitions extensives de mots et expressions employées par cet auteur et penseur qui compte. Un abécédaire numérique pour réfléchir qui complète les 2 précédents abécédaires publiés : celui de Michel Serres – partie 1 et partie 2 puis de Edgar Morin.

15 mots et expressions de la pensée de Bernard Stiegler

Consommation comme addiction

« Les gens sont totalement dépendants. Une partie d’eux-mêmes rejette tout cela et une autre partie ne peut pas s’en passer. Le problème, est que les individus ont besoin d’exister et qu’ils ne trouvent plus le moyen d’exister dans cette société. Le rapport à la marchandise est devenu un cercle vicieux fondé sur un rapport de compensation éphémère et intrinsèquement déceptif qui creuse un vide existentiel. »
Fondation MACIF, 2011

Désir et marketing

« Il s’agit de capter le désir (des individus : la libido), de fantasmer un désir infini mais qui va en réalité être très vite déçu. Cette déception prématurée sert à relancer sans arrêt la consommation. « Vous êtes déçu par l’iPhone ? Ce n’est pas grave, je vous apporte maintenant l’iPad ! ». Cette consommation que je relance sans cesse, en précédant la déception et l’épuisement se produit à travers le marketing. Et le marketing est une machine qui détruit le désir. »
Weave-Air.eu, 9 janvier 2013

Economie de la contribution

« Un nouveau modèle d’innovation est en train de s’inventer : on est passé d’un processus hiérarchique, produit par le haut pour redescendre vers les applications, à l’« innovation ascendante ». Les technologies numériques ont permis ce renversement. Une véritable infrastructure de la contribution se développe depuis vingt ans via Internet, où il n’y a plus des producteurs d’un côté et des consommateurs de l’autre, mais toutes sortes de «contributeurs». C’est ainsi que se forme un nouveau modèle industriel, celui d’une « économie de la contribution ». Apparu dès les années 1990 d’abord avec les logiciels gratuits, il s’est étendu à d’autres domaines avec les médias numériques. L’encyclopédie en réseau Wikipédia, qui devient un passage obligé pour tout utilisateur d’Internet, en est un exemple frappant. Quelles que soient les critiques que l’on peut en faire, Wikipédia a conçu un système d’intelligence collective en réseau auquel contribuent des millions de gens. »
Télérama, 6 juin 2009

Google

« Google est une entreprise qui a énormément développé la plus-value que l’on peut tirer de cette contribution des internautes, mais dans un modèle qui n’est pas à proprement parler contributif.
Google a un modèle qui se trouve entre le contributif et l’hyper-consumériste. L’entreprise fait contribuer les gens en proposant une très grande valeur d’usage mais avec un business model fondé sur la publicité.
A travers son moteur de recherche et son système de traduction, Google met aux enchères des mots et soumet progressivement la langue aux intérêts des annonceurs. C’est problématique, car Google est de très loin la plus puissante entreprise du monde. Avec un budget d’état, elle est en train de transformer la planète. »
Weave-Air.eu, 9 janvier 2013

Internet

« Internet nous fera sortir du modèle consumériste, à condition que les individus participent à la production des contenus et que le monde des amateurs soit revivifié. »
La Croix, 4 juillet 2013

Logiciels libres

« L’open source, ça veut dire que tout le monde peut les utiliser, venir les récupérer, les améliorer. C’est un dynamisme inouï. »
Rue89, 2 février 2013

New generation

« Quant aux natifs de l’analogique, baby boomers vieillissants du XXIe siècle qui ne sont plus des natifs de la lettre et de l’imprimé depuis belle lurette, devenus acritiques devant la transformation des choses publiques par les publicistes, ils peuvent et doivent compter avec la new generation qui, rejetant le consumérisme en s’appropriant le dispositif de publication numérique, a besoin d’eux dans son cheminement vers une nouvelle critique de la démocratie et de l’économie politique. Seule une renaissance démocratique de cette sorte pourra combattre le populisme. »
Libération, 5 janvier 2011

Notoriété sur le Web

« La notoriété remplace de plus en plus l’autorité sur le web, on a affaire à des « notables du web », mais cette noto­riété, fabriquée selon les nou­velles formes d’audimat, pro­duite par ce que l’on appelle le buzz, peuvent conduire à un véri­table popu­lisme numé­rique. C’est une forme d’audimat par­ti­ci­patif, un hyper audimat en quelque sorte, comme avec Amazone pra­ti­quant le pro­filage de l’utilisateur. Il est évident que ce sont des logiques au moins aussi dan­ge­reuses que celles des médias de masse comme la télé­vision. Sans parler les arte­facts rela­tionnels qui créent de la fausse relation, comme il y a de la fausse noto­riété « qui dure un quart d’heure », une noto­riété fabriquée, mani­pu­lable, pro­duite par des dis­po­sitifs indus­triels et mar­keting, ainsi de Star Academy. »
Médiadoc n°2, avril 2009

Numérique et écriture

« Le numérique est une nouvelle forme de l’écriture en un sens élargi. Son support n’est plus le papier, mais le silicium. Ses modes de production sont devenus opto-électroniques. Toutes sortes d’instruments de lecture et d’écriture se développent à présent entre les données écrites et les divers sujets du savoir – chercheurs, professeurs, enseignés, citoyens.
En outre, l’écriture s’élargit ici bien au-delà de l’alphabétique : en particulier, la numérisation des images et des sons leur confère un statut dans l’écriture des savoirs qu’ils n’avaient pas encore tout à fait acquis, dans la mesure où leur intégration dans des fichiers de données binaires banalise massivement leur consultation, leur pratique et leur production en relation avec le texte. »
Education.gouv.fr, 1er octobre 2012

Numérique et société réticulaire

« La dynamique est passée du côté du numérique et de la société réticulaire qui s’y trame. Elle induit une modification irréversible des fonctions techno-économiques qui caractérisaient les sociétés industrielles du XIXe siècle, où le machinisme avait mis la fonction de production au cœur du développement, et du XXe siècle, où l’enjeu crucial était devenu la fonction de consommation permettant de réaliser des économies d’échelle au service d’une innovation permanente. Au XXIe siècle apparaît la fonction de contribution – à travers les technologies collaboratives aussi bien que dans la conception de réseaux d’énergies conçus sur le modèle d’Internet (où il n’y a pas une centrale de production d’un côté et des consommateurs de l’autre, mais des contributeurs en réseau pouvant alterner et partager une responsabilité de production). »
Philosophie Magazine, 24 février 2011

Révolution numérique

« Le web, c’est l’ère industrielle de l’écriture. Le numérique, c’est de l’écriture. Une écriture faite avec l’assistance d’automates, de moteurs de recherches, de serveurs, d’ordinateurs, qui se propage à la vitesse de la lumière, est évidemment technique, et de dimension industrielle, car elle suppose des infrastructures de type Google. Soit trois millions de serveurs, trois pour cent de la consommation électrique de tous les États-Unis. C’est une industrie de dimension mondiale qui permet de développer toutes sortes de choses extrêmement intéressantes. La révolution numérique crée une situation nouvelle sur le plan économique et politique. »
Soldes n°1, 24 mars 2012

Technologies de l’annotation

« Le modèle googlien a ses limites : l’automatisation de la correction orthographique génère une dysorthographie, au risque de rendre les requêtes des internautes incompréhensibles par le moteur de recherche. Or le numérique entre aujourd’hui dans une troisième phase : celle des « technologies de l’annotation ». Des « communautés d’annotateurs » apparaissent, qui réintroduisent des éléments d’interprétation humains débattus et partagés, pour affiner considérablement les résultats fournis par les algorithmes et les automatismes. Or cela constitue également la base de l’histoire des savoirs. »
Le Journal du Dimanche, 11 mai 2013

Télévision

« Elle pourrait même devenir un instrument éducatif majeur à condition qu’elle ne soit plus soumise à la pression exclusive des publicitaires et qu’elle tire parti des immenses possibilités du numérique pour se réinventer. Le problème est que les enfants sont devenus les principaux prescripteurs d’achat dans les familles : les annonceurs ne voudront jamais tuer la poule aux œufs d’or sans qu’on ne les y contraigne. »
Madame Figaro, 18 novembre 2010

Travail contributif

« Nous vivons l’entrée dans un nouveau mode de travail : l’ère du travail contributif, où le contributeur n’est ni simplement un producteur, ni simplement un consommateur. »
Rue89, 2 février 2013

Web

« Aujourd’hui, le Web permet à la fois la participation de chacun et la captation des données personnelles. Penser le pharmakon (remède et poison), c’est faire de cette condition tragique une question de thérapeutiques. »
Philosophie Magazine, 1er septembre 2012

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