Comment détecter un faux profil LinkedIn ?

- Pourquoi le sujet du repérage de faux profils LinkedIn importe
- Vérifier la cohérence du parcours professionnel présenté sur LinkedIn
- Examiner la photo de profil LinkedIn
- Observer le réseau de relations LinkedIn
- Vérifier les diplômes et certifications (importe évidemment pour les recruteurs)
- Analyser le comportement dans le temps sur LinkedIn
- Mettre en place une méthode claire (pour les recruteurs)
- Ce que cela change concrètement
Un parcours impressionnant. Des certifications prestigieuses. Une photo professionnelle impeccable. Et pourtant… Dans son étude « Authenticity as a Cyber Control : Detecting and Deterring Misleading and Fabricated LinkedIn Profiles », publiée en préprint, le chercheur australien Raza Nowrozy (Melbourne Institute if Technology) explique que les faux profils LinkedIn représentent un véritable risque pour les entreprises, notamment en cybersécurité (c’est le corpus qu’il analyse). Son idée est simple : vérifier l’authenticité d’un profil doit devenir une pratique « structurée », au même titre qu’un contrôle de sécurité informatique. Voici comment détecter concrètement les signaux d’alerte, à partir de cette étude scientifique.
Pourquoi le sujet du repérage de faux profils LinkedIn importe
LinkedIn n’est plus seulement un réseau social professionnel. Pour beaucoup d’entreprises, il sert de base pour recruter, choisir des prestataires ou identifier des experts. Autrement dit, on accorde de la confiance à un profil en ligne.
L’étude explique que cette confiance est aujourd’hui fragilisée. Grâce aux outils d’intelligence artificielle capables de générer du texte et des images, il est devenu facile de créer un profil crédible de toutes pièces : photo réaliste, parcours cohérent, publications régulières.
Le problème n’est pas seulement moral. Il est opérationnel. Si une entreprise embauche une personne qui ne possède pas réellement les compétences affichées (par exemple en cybersécurité), les conséquences peuvent être graves : mauvaise configuration d’un système informatique, erreurs dans la gestion d’un incident de sécurité, décisions stratégiques mal informées.
C’est pourquoi l’étude propose de considérer l’authenticité professionnelle comme un élément de sécurité à part entière.
Vérifier la cohérence du parcours professionnel présenté sur LinkedIn
Premier réflexe : lire le profil attentivement, comme une histoire. Un faux profil n’est pas forcément mal écrit. Il peut être fluide et bien structuré. En revanche, il peut contenir des incohérences.
L’étude mentionne plusieurs signaux possibles :
- des postes à temps plein qui se chevauchent dans deux pays différents,
- une progression de carrière extrêmement rapide sans explication,
- des descriptions de missions très générales, sans détails concrets.
Un professionnel expérimenté parle souvent de situations précises : projets menés, outils utilisés, difficultés rencontrées, contexte réglementaire. Un profil fabriqué reste souvent vague : « expert en cybersécurité », « leader reconnu », « stratège visionnaire ».
Conseil pratique : Cherchez des éléments concrets. Si tout est général et interchangeable, posez des questions.
Examiner la photo de profil LinkedIn
Aujourd’hui, des logiciels peuvent créer des visages entièrement artificiels. L’étude évoque ces images générées par intelligence artificielle, qui peuvent sembler parfaitement réalistes. Cependant, certains détails peuvent trahir leur origine :
- arrière-plan flou ou étrange,
- asymétrie inhabituelle du visage,
- accessoires déformés (lunettes, boucles d’oreilles).
Conseil simple : Utilisez la recherche d’image inversée (Google Images, par exemple). Si la photo apparaît ailleurs sous un autre nom, c’est un signal d’alerte. Mais attention : une image artificielle peut être totalement nouvelle. L’absence de résultat ne prouve rien. La photo doit être analysée en combinaison avec le reste du profil.
Observer le réseau de relations LinkedIn
Un point clé de l’étude est l’analyse du réseau de contacts. Un faux profil peut être relié à d’autres profils similaires, qui se recommandent entre eux pour créer une illusion de crédibilité. Concrètement, cela peut se traduire par :
- des recommandations répétitives entre les mêmes personnes,
- des profils très semblables dans leur style et leur discours,
- peu de connexions variées ou reconnues dans le secteur.
Conseil : Cliquez sur plusieurs contacts proches du profil. Regardez si ces profils semblent eux-mêmes « solides » et détaillés. Un réseau artificiel est souvent plus facile à repérer qu’un profil isolé.
Vérifier les diplômes et certifications (importe évidemment pour les recruteurs)
C’est l’un des points les plus sensibles évoqués dans l’étude. Certaines personnes peuvent obtenir une certification en faisant passer l’examen par quelqu’un d’autre. Cette pratique, appelée « proxy testing », signifie que la personne possède le diplôme, mais pas forcément les compétences. D’autres peuvent afficher des certifications inexistantes ou expirées.
Conseils pratiques :
- Vérifiez si l’organisme qui délivre la certification propose un registre public en ligne.
- Contrôlez la date d’obtention et la validité.
- Soyez attentif à une accumulation rapide de nombreuses certifications complexes.
- Une certification sérieuse doit pouvoir être confirmée auprès de l’organisme qui l’a délivrée.
Analyser le comportement dans le temps sur LinkedIn
Un faux profil peut publier régulièrement des contenus professionnels : articles, commentaires, analyses (ou être totalement inactif). L’étude explique que certains réseaux artificiels fonctionnent de manière coordonnée, avec des publications synchronisées et des messages très similaires.
Conseil : Remontez dans l’historique des publications. Le ton évolue-t-il avec le temps ? Y a-t-il des prises de position personnelles, des retours d’expérience, des discussions approfondies ?
Un profil humain présente souvent des variations, des évolutions, parfois des imperfections. Un profil artificiel peut sembler trop lisse et uniforme.
Mettre en place une méthode claire (pour les recruteurs)
L’étude propose un modèle en trois niveaux :
- Une première vérification humaine : lecture attentive du profil LinkedIn, contrôle des dates, cohérence générale.
- Une vérification technique : contrôle des certifications auprès des organismes, recherche d’image.
- Une organisation interne claire pour savoir qui vérifie quoi et comment.
L’auteur propose même de suivre des indicateurs mesurant le taux de certifications réellement vérifiées.
Donc, la détection doit faire partie des procédures normales de recrutement ou de sélection de prestataires.
Ce que cela change concrètement
L’étude de Raza Nowrozy montre que les faux profils LinkedIn ne sont pas un simple problème d’image. Ils peuvent devenir un risque réel pour les entreprises et, à plus grande échelle, pour des secteurs stratégiques. Leçon principale à retenir : un profil crédible n’est pas forcément un profil vérifié.
Dans un monde où l’intelligence artificielle permet de produire des identités numériques convaincantes, la meilleure protection reste une combinaison de bon sens, de vérification méthodique et de procédures claires.
La question à se poser n’est pas : « Ce profil est-il impressionnant ? », mais « Puis-je en vérifier les éléments essentiels ? »
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