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Bernard Stiegler : Jetabilité, Prolétarisation généralisée, Economie de la contribution

28 novembre 2010

Le philosophe Bernard Stiegler est en entretien dans Le Monde Magazine de ce week-end. Celui qui dirige l’Institut de Recherche et d’Innovation (IRI) du Centre Pompidou répond aux questions de Frédéric Joignot. Bernard Stiegler offre un décryptage de notre temps aux regard des questions économiques, médiatiques et pulsionnelles. Le Monde titre « Sortir du grand « désenchantement » ».

« Ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue » (aux Editions Flammarion) est le dernier ouvrage en date de B. Stiegler (rentrée 2010). Le philosophe est l’initiateur de l’association Ars Industrialis qui organise très régulièrement des rencontres thématiques ouvertes à tous, le samedi après-midi au Théâtre de la Colline (Paris).

Récemment, Bernard Stiegler a investi le village de Epineuil-le-Fleuriel (Cher) connu pour être le décor du Grand Meaulnes d’Alain-Fournier. Le philosophe vient d’y créer une école de philosophie avec un cours public pour les personnes de tous les âges et faisant lien avec des interventions à distance (via Internet). Une initiative très intéressante de reterritorialisation dont le quotidien Le Monde a récemment fait l’écho.

Voici des extraits de l’entretien délivré par Bernard Stiegler au Monde Magazine avec les termes – expressions clés associés :

Jetabilité

« Nous vivons dans une société du jetable. La jetabilité généralisée résulte d’une économie fondée sur ce que l’Autrichien Joseph Schumpeter appelait la « destruction créatrice » et qui a conduit à une obsolescence structurelle et chronique des marchandises – mais aussi des producteurs, des appareils de production et des consommateurs, qui se sentent jetables eux-mêmes et perdent le sentiment d’exister. Tout le système repose sur la fabrication de marchandises sans réelle valeur d’usage parce que sans durabilité. Pour que la consommation continue et que les usines tournent, on a voué tout ce qui constituait le monde à devenir déchet, être humains compris, produisant du même coup le sentiment que le monde est devenu, au sens propre, « immonde ». Les hommes, les employés, les contrats de travail, les conjoints, et jusqu’aux produits financiers, sont « poubellisés ».

La prolétarisation généralisée

« La prolétarisation, c’est historiquement la perte du savoir du travailleur face à la machine qui a absorbé ce savoir.  Aujourd’hui, la prolétarisation, c’est la standardisation des comportements à travers le marketing et les services, et la mécanisation des esprits par l’extériorisation des savoirs dans des systèmes tels que ces « esprits » ne savent plus rien de ces appareils de traitement de l’information qu’ils ne font plus que paramétrer : c’est précisément ce que montre la mathématisation électronique de la décision financière. Or cela affecte tout le monde : employés, médecins, concepteurs, intellectuels, dirigeants. De plus en plus d’ingénieurs participent à des processus techniques dont ils ignorent le fonctionnement, mais qui ruinent le monde. »

L’économie de la contribution

« Travailler, c’est prendre soin d’un objet d’échanges. Aujourd’hui, les gens ne travaillent plus : ils sont employés à des tâches dénuées de sens qui les privent de savoir. Le logiciel libre s’est imposé dans l’industrie informatique parce qu’il a redonné un sens et un travail aux employés qui « faisaient du code » sans savoir pourquoi. Ce modèle est transférable à de très nombreux secteurs. C’est une façon de mettre le soin – le « care » – au cœur non pas d’une « éthique » sans doute pleine de bonnes intentions, mais d’un modèle économique tout à fait nouveau qui est la seule issue pour sortir du sentiment d’impuissance et de l’économie de l’incurie. »

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