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Le monde selon Facebook : le seul lien possible est l’amitiĂ©

5 mars 2011

Le philosophe Jérôme Batout (Maitre de conférences à Sciences Po) signe un article très intéressant : « Le monde selon Facebook » dans l’édition de Janvier-Février 2011 de la revue Le Débat (n°163 – aux Editions Gallimard) ; une exploration de ce qui fonde Facebook dans son intentionnalité et sa volonté d’expansion : le non-conflit, un relationnel où l’ami est déifié en quelque sorte. Le quotidien La Croix a évoqué récemment cet article ; extrait :

« Tout le paradoxe est là : l’ensemble de l’architecture du site Facebook est fondé sur la notion d’ « ami ». La seule relation qu’un utilisateur de Facebook peut nouer avec un autre utilisateur est un lien d’amitié. Or, ce qui se dégage de la fondation de Facebook est la prépondérance de la notion d’ « ennemi ». Ami, ennemi : comment comprendre que des individus spécialisés dans l’adversité aient eu l’idée de fonder un site spécialisé dans l’amitié ? (…)

On peut comprendre pourquoi des individus (Mark Zuckerberg, Eduardo Saverin) très fortement exposés au conflit ont eu un beau jour l’idée de développer un « réseau social » pacifique, où il n’y aurait pas de place pour le conflit. On peut émettre l’hypothèse que c’est dans l’absence institutionnalisée du conflit que réside le succès de Facebook. Le site fait la promesse à ses utilisateurs de pénétrer dans une petite société où le conflit n’est tout simplement pas une possibilité.

Tout y est fait non pas pour circonscrire le conflit, mais carrément pour le supprimer. Facebook est la « société » où le conflit n’existe pas. Le seul lien possible y est l’amitié. Si jamais quelque chose vous ennuie ou vous gêne avec l’un de vos amis, inutile d’entrer dans un débat avec lui. Vous pouvez décider unilatéralement de « supprimer » l’ami – c’est le vocabulaire utilisé sur Facebook.

Toute manifestation conflictuelle y est méthodiquement stérilisée, neutralisée : les utilisateurs sont encouragés à « signaler » tout contenu qu’ils trouveraient inapproprié (textes, photos, etc.) (…)

Point supplémentaire, « sur Facebook, tous les signalements d’abus sont confidentiels. L’utilisateur que vous signalez ignore que vous êtes à l’origine de cette action ». Exactement comme lorsque vous supprimez un ami : il n’est pas consulté ni explicitement informé. (…)

Avec ce type d’exemples, on se rapproche de l’énigme : Facebook est moins un réseau social – qui s’efforcerait de refléter les interactions que tout un chacun noue dans la société – qu’une utopie sociale – qui s’efforce de gommer une donnée majeure de la vie en société, c’est-à-dire le conflit. Une utopie sociale, dans le meilleur sens du terme : un lieu qui n’existe pas dans la réalité, et qui semblera attirant pour certains et réjouissant pour d’autres. (…)

C’est parce que Facebook propose une utopie sociale qu’il suscite des réactions d’adhésion et de répulsion si nombreuses et si fortes. On adore ou l’on déteste, et cela à l’échelle des familles, comme du globe (…). »

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